LE NUMÉRIQUE: UN SECTEUR EN PÉNURIE

Déjà en 2012, le métier de web développeur était indexé en tant que fonction critique en Wallonie. Sans surprise, la liste des 88 fonctions critiques publiées par le Forem en juillet 2018 voit gurer une nouvelle fois la fonction de développeur web dans ce classement. Dans les médias, on apprend ici que dans les trois années à venir “30 000 emplois dans le domaine de l’internet seront vacants en Belgique” tandis que d’autres publications récentes rappellent que “seul un Belge sur trois possède de bonnes compétences numériques”.

Selon le Digital Economy and Society Index (Desi) 2018, la Belgique obtient des résultats relativement bons en matière d’utilisation d’Internet (9ème position) ainsi qu’en matière de pourcentage d’individus disposant de compétences numériques de base (9ème position également). Dès lors qu’on se penche sur les compétences numériques poussées, c’est là que le bât blesse : “la principale faiblesse de la Belgique réside dans le taux de diplômés dans les filières STEM (Science, Technology, Engineering and Mathematics) situé nettement en dessous de la moyenne de l’UE 28”. Et de poursuivre que la situation est véritablement problématique pour le futur puisqu’elle risque d’engendrer un déficit de main d’oeuvre qualifiée pour ces fonctions relatives aux NTIC…

Avec ses formations en coding et web design, Sirius apporte une réponse des plus pragmatiques à cette problématique. Développement back-end, intégration front-end, conception d’interfaces web ou mobiles : voilà quelques exemples de pratiques directement liées au secteur du numérique qui demeurent en tension de recrutement et auxquelles nous formons quotidiennement des personnes venues de tous horizons, avec un focus particulier sur les jeunes adultes d’origine étrangère (primo-arrivants, personnes réfugiées reconnues ou demandeuses d’asile) et les jeunes belges demandeurs d’emploi.

L’ÉCONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE EN EUROPE ET EN BELGIQUE ; UNE OPPORTUNITÉ POUR L’INCLUSION SOCIOPROFESSIONNELLE.

Depuis quelques années, les formes industrielles classiques désertent le territoire wallon et européen ; l’automatisation, la robotisation, le développement de l’intelligence artificielle imposent certainement une réflexion innovante sur l’avenir du travail pour tout travailleur, d’origine étrangère ou non.

Depuis 15 ans dans le quotidien du Monde des Possibles, nous constatons des formes de discrimination à l’embauche, une ethno strati cation du marché du travail qui nie les potentialités et compétences des personnes issues des migrations. Ceci s’accentue depuis 2015, où près de 1,2 millions de réfugié.e.s ont rejoint l’Union pour fuir la guerre et la misère, pour des conditions de vie qu’ils/elles espèrent meilleures.

Le projet d’interprétariat en milieu social Univerbal qui génère aujourd’hui des flux financiers à partir des prestations des interprètes d’origine étrangère, l’école de codage Sirius décrite dans ce guide sont des réponses locales aux problèmes et violences structurelles dont font l’objet les personnes migrantes. Ces projets tendent aussi en autogestion à répondre aux mutations technologiques, aux changements des modes d’organisation du travail par leur inscription dans un modèle coopératif ; ils répondent aussi à l’insertion socioprofessionnelle des migrants qui pose la question de l’équivalence de diplômes, de la validation des acquis de l’expérience mais aussi d’une certaine cohérence entre des référentiels de fonctions des professions loin d’être harmonisés entre états membres même pour nous européens.

Il y a plusieurs écueils à éviter dont le développement d’auto entrepreneurs, faux indépendants, jeunes exploités dans des plateformes comme Deliveroo ou Uber qui les aliènent dans une précarité grandissante. Nous croyons que le modèle coopératif au sein de l’ESS (Economie sociale et solidaire) peut apporter des solutions pour mieux gérer, entre autres, les ruptures technologiques. Il s’agit de voir comment l’ESS peut être soutenue par un cadre légal et financée par des soutiens structurels conséquents. Le plan d’action proposé le 13.11.2018 esquisse à cet égard des perspectives intéressantes comme “Créer un écosystème favorable à la promotion et au développement de l’Économie Sociale encourageant sa contribution aux objectifs et aux priorités de l’Union européenne, en garantissant sa pleine participation au Marché Unique et aux fonds européens et instruments financiers.”

Les 2 projets phares (Univerbal & Sirius) que nous menons dans le champ de l’ESS interrogent sa capacité à accompagner et transformer la transition numérique. Nos échanges à différents niveaux de pouvoir en Belgique et dans les instances européennes nous permettent de croire que l’économie circulaire, la silver economy, le secteur culturel sont autant d’opportunités d’occuper des segments hautement porteurs de sens et d’autonomisation socioéconomique.

Au Monde des Possibles, nous croyons beaucoup dans le haut potentiel des diasporas, il y a des connexions qui deviennent évidentes entre les continents sur le développement de projets communs. Ces diasporas peuvent répondre au vieillissement des sociétés européennes, apporter des compétences spécifiques au pays d’accueil, obtenir un travail et donc devenir des contributeurs fiscaux aux pays hôtes.

La coopérative que nous visons envisage une plateforme de la connaissance pour mettre en lumière les réussites concrètes développées par les membres de Sirius. C’est le désir de mutualiser les ressources et expériences, l’ADN de l’économie sociale. Le processus d’intégration que nous pensons en ESS travaille l’interculturalité dans un double sens, où tous les acteurs sont sensibilisés et évoluent ensemble par les nouvelles interactions qu’elle propose.

Lors de la dernière crise boursière, les structures de l’ESS ont plutôt bien amorti le choc, très peu furent déclarées en faillites. L’ESS c’est aujourd’hui 13,6 millions d’emploi en Europe ; ses initiatives génèrent une croissance inclusive par laquelle chacun.e peut trouver un emploi décent. C’est à cette dynamique que le Monde des Possibles souhaite contribuer. L’association et ses partenaires en appelle à une nouvelle alliance entre monde associatif, syndicats, entreprises classiques, initiatives de l’ESS. Le modèle de la coopérative artistique et culturelle SMART en Belgique est à cet égard intéressant pour permettre à la fois l’entrepreneuriat, le sens de l’initiative et la protection sociale du travailleur par un contrat salarié.

Les projets de l’ESS catalysent de manière intelligente une croissance durable, intégrée au marché du travail avec des emplois de qualité. Ces projets demandent à être financés, à contribuer à des mécanismes qui protègent les droits de chacun et chacune.